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Mozart à Paris

août 7, 2012

Mozart a beaucoup voyagé en Europe. Il est né à Salzbourg, alors une petite principauté ecclésiastique du Saint Empire Romain Germanique, au coeur d’une Europe morcelée en tout petits Etats souverains. Sa famille est originaire de Bohème, de la région de Prague. Sa ville appartient au duché de Bavière, bientôt à l’Autriche. Très jeune, dès six ans, il a parcouru comme interprète prodige toutes les cours d’Europe.

Recette: la glace du café de la Régence

C’est un sabayon glacé, recette typiquement toscane, très en vogue à Paris en 1778.
2 œufs
120g de sucre
40cl de lait
10cl de crème fraiche
marasquin
Les ingrédients et le bol doivent être tous à peu près à la même température, tièdes, voire légèrement chauffés.
Séparer les blancs des jaunes.
Battre les jaunes avec la moitié du sucre jusqu’à obtenir une mousse jaune pâle.
Mettre à chauffer légèrement au bain-marie (60°, pas plus, car les jaunes d’oeufs ne doivent pas cuire) jusqu’à ce que la mousse soit onctueuse et aérienne.
Monter les blancs en neige; incorporer les blancs dans les jaunes en 3 fois.
Battre ensemble le lait et la crème; ajouter le sucre restant puis le marasquin; faire légèrement mousser.
Incorporer au mélange blancs et jaunes d’oeufs tout en battant.
Le mélange doit être bien battu, car, sans air dans le liquide, la glace ne prend pas correctement et fait des cristaux.
Pour refroidir le tout, les cafés de Paris utilisaient principalement au XVIII° siècle deux méthodes. La première, importée de Chine par Marco Polo et introduite en France sous Catherine de Médicis, consistait à faire couler autour du bol contenant la préparation un mélange de salpêtre et d’eau. La seconde, déjà utilisée sous l’Antiquité pour refroidir des fruits cuits en sirops, utilisait de la glace naturelle tirée en toutes saisons des puits profonds de la glacière de la Bièvre, qui a donné son nom à la rue du XIII° arrondissement.
Le café Procope, un siècle avant le séjour de Mozart à Paris, proposait déjà un choix de 80 parfums différents de crèmes glacées et de sorbets.

En moins de trois ans, il joue successivement à Vienne, Munich, Augsbourg, Mannheim, Francfort, Bruxelles, Paris, Londres, La Haye, Amsterdam, Dijon, Lyon, Genève, Lausanne. Il a visité l’Italie avec son père dans deux voyages qui ressemblent aux périples initiatiques des peintres.
Il en a gardé le goût des voyages. Il aime l’ailleurs qui le libère des pesanteurs de Salzbourg où le prince-archevêque le harcèle et le contraint, et où il se sent prisonnier. A vingt ans, il quitte joyeux sa ville natale avec sa mère pour chercher du travail, à Munich tout d’abord, puis Augsbourg et Mannheim, où il loge chez des amis de son père et reste quelques mois, et enfin Paris, en 1778, qu’il rejoint en neuf jours.

1778 est pour lui une année charnière.
D’une part, ce voyage-là est contrarié. Matériellement d’abord, car il est reparti de Mannheim endetté. Sa vie est précaire. Wolfgang est mal accueilli en Allemagne, sauf à Mannheim, et à peine mieux en France. A Paris, il a du mal à se faire payer, tant le contexte économique et politique en France, au début du règne de Louis XVI, est difficile. Il arrive en pleine querelle musicale. Sa mère meurt du typhus, deux jours avant Jean-Jacques Rousseau. Mozart l’évoque à peine dans ses lettres, tout pris qu’il est par la vie parisienne.
D’autre part, il n’a jamais autant écrit sur une période aussi courte, dont trois symphonies majeures, toutes commencées à Paris. Il rencontre Beaumarchais qui a écrit Le mariage de Figaro et lui inspirera Les Noces. Il est jeune, léger, polisson et amoureux, et sa belle est restée à Mannheim. Sa vie à Paris est un mélange des contraintes que sa condition de voyageur allemand pauvre lui impose, du travail qu’il accomplit, et des plaisirs que lui offre la ville. Il loge tout d’abord dix-sept jours rue du Bourg-L’Abbé, puis près du boulevard Poissonnière, au 8 rue du Sentier, dans une auberge misérable où il ne peut installer son clavecin. Il écrit beaucoup à son père et à sa sœur restés à Salzbourg. Ici, il mange une glace au Palais-Royal, au café de la Régence, après un concert donné aux Tuileries où il a reçu une ovation. , il donne des cours de harpe à une future mariée, fille d’un duc qui ne lui paie que la moitié des leçons mais lui commande un concerto. Il se plaint de l’inculture et de l’indifférence françaises, de la langue qu’il a grand peine à prononcer alors qu’il parle facilement italien et toscan, des prix exorbitants de la nourriture, des embarras de Paris. Il a le mal du pays. Il fréquente surtout des cercles allemands, assez mal vus dans la capitale française. Professionnellement, son séjour est un échec, et il perd ses derniers protecteurs, comme le baron Grimm et Madame d’Epinay, mais c’est à Paris qu’il découvre la clarinette, qui sera par la suite l’un de ses instruments de prédilection; à Paris aussi qu’il se débarrasse définitivement du style allemand décoratif et superficiel de ses débuts.

Le trajet lui-même n’a pas été une partie de plaisir. Partis pauvres de Salzbourg, les Mozart ont à peine assez d’argent pour les auberges, et Wolfgang doit parfois jouer dans des églises pour payer le gîte et le couvert, ce qui rallonge d’autant le voyage. Il faut payer pour tout: pour manger et pour dormir, pour le vin, pour les chandelles et pour le feu, pour les chaussures, la coiffe, la poudre à cheveux, les pommades, pour les draps lorsqu’il y en a. Le père, resté à Salzbourg, écrit ses recommandations à son fils tout au long du voyage, car, selon les lieux que l’on traverse, l’on doit montrer ou non décorations de l’Empire, manteaux ou gazettes, retourner ou non le revers de ses bottes, porter satin gris ou habit de couleur. Le courrier suit les voyageurs de relais en relais. Au cours du voyage, Leopold indique par lettre à son fils que disparaît l’une des monnaies du Saint-Empire, le batzen, qui cesse d’avoir cours ailleurs qu’à Salzbourg.

Peu après la mort de sa mère, Wolfgang quitte Paris pour Munich via Nancy et Strasbourg. Il revient quelques temps à Salzbourg, avant de repartir pour Vienne et enfin Prague, où il écrit Don Giovanni. Il ne retournera pas à Paris. Pour le faire rentrer à Salzbourg, Leopold lui a écrit à Munich une longue lettre où il lui décrit les dangers d’une guerre imminente en Europe qui contrarierait les projets fous de son fils. C’est que l’on pense alors que la Russie va entrer en guerre contre l’Autriche, qui a des prétentions sur le sud de la Bavière où se trouve Salzbourg, pour la possession de sièges électifs de l’Empire. Les Turcs, les Prussiens, les Suédois ont menacé de rallier l’une ou l’autre alliance. La France soutient alors l’Autriche. L’Espagne et le Portugal se promettent de prolonger la guerre sur mer. Des troupes se rassemblent en Silésie, en Bohême, en Moravie et Hanovre. Pour un temps, voyager va devenir plus difficile encore.

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