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Contes européens

août 7, 2012

Au début du XIXe siècle, les frères Grimm, linguistes nés en Hesse, récoltent des contes du centre de l’Allemagne et de l’Europe Centrale pour le compte de l’éditeur Clemens Brentano. La plupart de ces contes rappellent le souvenir des forêts primitives et de contrées idéalisées du coeur de l’Europe, et régénèrent des légendes médiévales à peine oubliées. En réécrivant ces histoires, les deux frères cherchent à en extirper toute allusion sensuelle ou stylistique, et à leur donner une forme et un fond s’approchant au plus près de la morale chrétienne puritaine de l’époque. Les contes les plus connus sont la Belle au Bois Dormant, qui est à l’origine un conte espagnol, Cendrillon, Blanche-Neige, Barbe Bleue, Tom Pouce, le Roi Citrouille et Hänsel et Gretel. Leur aspect fantastique est propre à l’Europe Centrale. Ces contes sont devenus universels lorsqu’ils ont traversé l’Atlantique dans les bagages des émigrants allemands.

Les frères Grimm ont collecté ces contes auprès des femmes de leur entourage : la fille de leur aubergiste pour Cendrillon, la gouvernante des beaux-parents de l’un des frères, les femmes de chambre et les nourrices de la famille, une amie de leur soeur. Les variantes sont principalement finnoises et slaves, mais les frères Grimm reconnaissent d’autres influences, notamment irlandaises et espagnoles. En Allemagne, le conte est une tradition des veillées, des soirées dans les auberges, des réunions de fileuses. C’est une activité nocturne, qui n’est pas destinée aux enfants.

Le Petit Chaperon Rouge

Ce conte initiatique français, dont il existe de nombreuses versions, est en partie basé sur une succession de jeux de mots euphoniques en vieux français, entre les mots leu (loup), alleu (héritage libre de toute féodalité, représenté par la mère et la grand-mère), lai (chemin de forêt), l’huis (la porte), (le morceau de tissu qui sert de capuche), lait (le beurre, caillé ou crème qui accompagne la galette dans le panier), les linges qui pendent autour de la maison, etc. On retrouve ces jeux de langages dans la répétition des toc-toc à la porte, la formule quasiment magique « tire la bobinette et la chevillette cherra », la forme du conte elle-même qui est très volubile. Il est particulièrement ambigu en matière de séduction, et tout, du choix du chemin à l’ouverture de la porte, au loup dans le lit, et au chaperon dévoré, tout peut y être interprété à plusieurs niveaux.

Leur précurseur est au XVIIe siècle le Français Charles Perrault, l’un des principaux collaborateurs de Colbert. Chef de file des Modernes dans la querelle des Anciens contre les Modernes, il est pourtant connu pour un seul recueil de contes du temps passé, les Contes de ma Mère l’Oye, où il compile diverses fables pour la plupart d’origine italienne. Les plus connus sont Peau d’Ane, la Belle au bois dormant, la Barbe bleue, le Chat botté, Cendrillon, Riquet à la houppe ou le Petit Poucet. Le petit Chaperon rouge, conte français collecté par Perrault, a été repris par les frères Grimm presque à l’identique. Pinocchio, la merveilleuse histoire de l’italien Carlo Collodi, est un conte recueilli par Perrault et réécrit au XIXe siècle. Au Danemark, au XIXe siècle également, Hans Christian Andersen récolte des contes traditionnels scandinaves qui ont également inspiré le Kalevala finlandais.

Les contes celtes, comme Jack et le Haricot magique, en Angleterre, ou les leprechauns, en Irlande, se sont transmis sans intermédiaires célèbres, mais par le biais des chansons qui accompagnaient leur récit. Leur succès, au début du XXe siècle, est lié à la profusion d’illustrations qu’ils ont suscitées avec l’avènement de la littérature enfantine. Le cinéma a ensuite exploité leur aspect fantasmagorique. La ténacité des prodigieuses légendes irlandaises aux Etats-Unis inspire les scénaristes des cycles fantastiques. Les écrivains romantiques anglais au milieu du XIXe siècle, qui ont beaucoup voyagé en Europe centrale et en particulier sur le Danube, ont eux aussi récupéré des histoires. Ainsi le Dracula de Bram Stoker est tiré de la légende d’un comte assassin des Carpates. Le Frankenstein de Mary Shelley est une transposition scientiste du Golem de la communauté juive de Prague. Docteur Jeckyll et Mister Hyde, de Robert Louis Stevenson, est aussi un conte danubien déplacé dans les ruelles sombres de Londres. La richesse des mythologies européennes et de leurs sorcières se retrouvent aussi bien dans la Baba Yaga des contes russes que dans les banshees irlandaises ou les fantômes écossais, qui semblent avoir une existence plus matérielle.

Catherine Créhange
14 décembre 2008
Publié la première fois dans europe-modem-est.eu

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